PluriNinja :
Comment j’ai fait de l’IA mon assistant personnel
(et vaincu la saisie manuelle)
- 6 minutes de lecture
Pascal Lapalme
Collège Sainte-Anne de Lachine
Vice-président du GRMS
Je ne vous apprends rien si je vous dis que, dans notre tourbillon quotidien d’enseignant de
mathématiques, une ressource reste désespérément rare : le temps. Entre mes préparations de cours minutieuses, l’animation en classe, le soutien que j’accorde à mes élèves et l’inévitable montagne de corrections, je sentais qu’une part trop importante de mon énergie était siphonnée par des tâches administratives. Des tâches chronophages, répétitives et, avouons-le, profondément ennuyeuses pour des esprits habitués à la logique !
Pour moi, le symbole ultime de cette friction administrative, c’était la saisie manuelle des notes de mes groupes dans le PluriPortail. Je passais des heures à transcrire des chiffres de mon tableur vers des cases sur mon écran. À chaque clic, la fatigue s’installait et la peur de faire une erreur de frappe augmentait. C’est de cette profonde frustration qu’est née mon intention de créer PluriNinja.
Mon but ? Automatiser cette tâche ingrate pour récupérer mon précieux « temps de cerveau » et le réinvestir là où il compte vraiment pour moi : la pédagogie.
Ce que je veux vous raconter ici, ce n’est pas le récit d’un programmeur solitaire qui a codé dans son sous-sol, mais plutôt comment j’ai collaboré avec l’Intelligence artificielle pour créer ma propre solution.
Mon objectif : briser les chaînes de la saisie manuelle
Dès le départ, mon idée était très claire et pragmatique : je voulais bâtir un pont invisible entre mon fichier de notes personnel et le portail de l’école. J’imaginais un outil capable de lire mes fichiers Excel ou CSV, puis d’aller cliquer et entrer les notes de mes élèves automatiquement dans les bonnes cases du PluriPortail.
Mais j’avais une autre exigence en tête : je voulais que cet outil serve à d’autres. Il ne devait pas être un simple script obscur compréhensible par moi seul. Je voulais qu’il soit robuste et accessible à mes collègues. Même pour ceux qui n’ont aucune familiarité avec la programmation, l’expérience devait être aussi simple que d’utiliser une application de tous les jours.
Mon « Dojo » de programmation avec l’IA

N’étant pas développeur de logiciels de profession, j’ai choisi de coder en Python. J’aime sa logique claire (un vrai atout quand on enseigne les mathématiques !) et sa grande flexibilité. Mais le véritable
accélérateur de mon projet, mon point de bascule, a été l’utilisation d’une IA générative comme partenaire de travail.
L’IA n’a pas simplement écrit le code à ma place pendant que je la regardais faire. Elle a agi comme mon copilote.
Dans cette équipe, je possédais l’expertise du domaine. J’étais le cerveau de l’opération. C’est moi qui définissais les règles pédagogiques et la séquence des étapes à suivre. En somme, je dictais le « quoi » et le « pourquoi ». L’IA, elle, représentait mes mains expertes et infatigables : elle se chargeait du « comment ». Elle générait la structure du code et traduisait mes directives en langage informatique, notamment pour automatiser la navigation web fastidieuse (grâce à un outil appelé Selenium).
Cependant, je savais qu’un écran noir strié de lignes de code allait intimider mes collègues. Pour rendre mon outil véritablement humain, une interface visuelle s’imposait. Pas à pas, j’ai donc guidé mon IA pour qu’elle m’aide à construire une petite fenêtre d’application intuitive. Nous y avons intégré des menus déroulants pour choisir le groupe (CST ou SN) et un gros bouton bien visible pour lancer le processus. Je lui ai même fait ajuster le code pour styliser l’interface avec des couleurs professionnelles.
Bien sûr, je ne vous cacherai pas que j’ai rencontré des murs. En programmation, les erreurs sont inévitables. Mais c’est dans ces moments de blocage que l’IA m’a bluffé en devenant mon détective privé. Face à des problèmes techniques complexes — comme mon interface qui figeait pendant que l’ordinateur travaillait en arrière-plan —, elle s’est révélée être un débogueur hors pair. Au lieu de perdre des heures à m’arracher les cheveux, je lui soumettais simplement le comportement fautif. Elle analysait la situation en quelques secondes et me proposait des corrections chirurgicales.
Le résultat : la naissance de PluriNinja
Aujourd’hui, je suis incroyablement fier du fruit de cette collaboration : une application fonctionnelle et élégante que j’ai baptisée PluriNinja. Cela est devenu mon véritable petit assistant personnel.
D’emblée, j’ai refusé de laisser des mots de passe traîner en clair. J’ai donc intégré un système qui demande et mémorise les identifiants de manière sécurisée et locale sur mon ordinateur.
Ensuite, le plus grand soulagement pour moi a été d’atteindre une précision chirurgicale. Fini le risque de sauter une ligne, d’inverser deux résultats ou de me tromper d’élève. Mon script utilise le numéro de fiche unique de chaque étudiant comme point de repère absolu. La machine ne connaît ni l’inattention, ni le glissement de souris ! Enfin, pour que l’outil inspire confiance jusqu’au bout, j’ai demandé à l’IA de me générer une icône personnalisée : c’est désormais un ninja bondissant au cœur d’un shuriken cyan qui trône fièrement dans ma barre des tâches.
Conclusion : ma charge mentale en chute libre
Aujourd’hui, les résultats sont là. Ce qui me prenait auparavant des dizaines de minutes de saisie fastidieuse, les yeux plissés entre ma feuille et mon écran, s’accomplit désormais en quelques secondes. Je lance PluriNinja, je prends une gorgée de café, et je regarde la magie s’opérer toute seule.
Le gain de productivité est indéniable, mais je vous assure que le bénéfice le plus précieux est psychologique. En éliminant cette tâche ingrate, j’ai senti ma charge mentale chuter drastiquement.
Pour moi, PluriNinja est la preuve vivante que la création d’outils informatiques n’est plus réservée aux programmeurs. C’est devenu une compétence accessible à tout expert de son métier capable de dialoguer avec une machine. En me libérant de ce travail mécanique, cette collaboration avec l’IA m’a redonné mon rôle le plus noble : celui de guide et de mentor humain auprès de mes élèves.

Note de l’auteur : Les images (à l’exception de la capture d’écran de PluriNinja) ont été générées par IA (Gemini 3 Flash Image).
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