Revue Envol

Revue biannuelle qui est écrite par les membres, pour les membres !

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De la recherche à la pratique:
une planification en spirale qui intègre
le principe d’espacement

Enraciner les apprentissages dans le temps grâce aux apports de la neuroéducation

Picture of Paméla Paradis

Paméla Paradis

Collège Esther-Blondin

Introduction

Dans le monde de l’éducation, il existe de nombreux questionnements associés à la rétention des apprentissages des élèves. D’ailleurs, plusieurs enseignants constatent que les apprentissages réalisés demeurent souvent superficiels et peu durables. De ce fait, ces observations mènent au constat suivant : la rétention à long terme semble difficile à atteindre, ce qui met en lumière une difficulté dans la consolidation des connaissances en mémoire. Évidemment, le blâme pourrait être jeté sur de nombreux facteurs tels que l’engagement en classe, l’attention variable des élèves, leur motivation, la présence constante des technologies ou encore l’accès instantané à l’information.

Toutefois, les recherches en neuroéducation amènent un regard intéressant sur les pratiques pédagogiques elles-mêmes. Tel que mentionné par Masson dans plusieurs de ces ouvrages, apprendre revient à transformer durablement le cerveau grâce à la neuroplasticité. Autrement dit, pour qu’il y ait un apprentissage, il est nécessaire que l’apprenant modifie et renforce les connexions neuronales existantes. Dans cette perspective, certaines stratégies telles que les activations répétées et signifiantes ainsi que l’espacement des apprentissages se révèlent très efficaces pour favoriser la consolidation des connaissances et limiter l’oubli. C’est dans cette optique que la planification en spirale prend tout son sens. 

La planification spiralaire, qu’est-ce que c’est ?

La planification en spirale consiste à diviser en plusieurs séquences les sujets prescrits par le Ministère afin de provoquer l’utilisation répétée des concepts dans différentes tâches. À toutes les répétitions, les notions sont approfondies, utilisées dans de nouvelles situations et deviennent un peu plus complexes. D’une boucle à l’autre, l’élève doit reconnaître les mots-clés, identifier les concepts pour ensuite entamer les processus visés. En offrant la possibilité aux élèves d’utiliser les notions à plusieurs reprises, dans des contextes diversifiés et espacés dans le temps, cette approche s’inscrit directement dans les principes reconnus pour soutenir des apprentissages durables.

Ainsi, plutôt que de travailler les contenus en blocs isolés, une organisation spiralaire des apprentissages permet aux élèves de réactiver leurs connaissances à des moments variés, tout en les approfondissant et en les consolidant progressivement. D’ailleurs, ces phases de consolidation offrent de belles occasions pour l’élève de développer et démontrer ses compétences mathématiques: reconnaître les concepts visés, sélectionner et mobiliser les processus appropriés, décoder les situations-problèmes, planifier les étapes de résolution et ajuster ses stratégies en cours de démarche. Étant donnée la présence de plusieurs concepts dans une même séquence, l’élève ne se limite pas à appliquer mécaniquement des procédures. Il construit progressivement sa capacité à raisonner, à modéliser et à interpréter des situations dans des contextes variés. Or, repenser la planification pédagogique à partir de ces principes offre aux élèves des conditions favorables pour développer des apprentissages durables.

Comment réfléchir la séparation des concepts et l’espacement entre les séquences? 

Cette année, j’ai effectué un premier «tour de roue» avec ma planification spiralaire et espacée. Cette transition m’a permis de structurer mes cours afin d’arrimer mes choix pédagogiques avec les principes issus de la neuroéducation. Voici comment j’ai choisi de concevoir ma planification annuelle :

1. Consultation des documents ministériels

L’analyse du programme de formation de l’école québécoise (PFEQ), de la progression des apprentissages ainsi que du cadre d’évaluation m’a permis de bien cerner les attentes du programme et d’identifier les contenus obligatoires.

2. Jumeler les concepts et les processus

L’association de notions qui sollicitent deux domaines mathématiques différents, dans une logique d’entrelacement des apprentissages, est une avenue que je tenais absolument à prendre afin de développer un sentiment de compétence chez mes élèves. Le recours à deux domaines mathématiques favorise l’accessibilité de certaines notions tout en offrant des défis stimulants.

3.Ordonner les duos

L’organisation des duos dans une séquence cohérente afin de permettre une progression spiralaire des apprentissages. Chaque séquence intègre à la fois des concepts « simples » et d’autres « plus complexes », selon les difficultés fréquemment observées chez les élèves au fil de mes années d’enseignement. Il est primordial que l’élève puisse vivre des réussites dans l’une des parties du cours et ainsi lui laisser davantage d’espace pour travailler ses défis. Aussi, la récurrence des contenus dans la planification doit viser à soutenir la réactivation et la consolidation des apprentissages.

Afin de bien visualiser cette démarche, voici un exemple de séquence issue de cette planification spiralaire. Cet exemple propose les concepts et les processus qui ont été jumelés, puis réinvestis dans le temps à travers des tâches variées. La structure permet aux élèves de consolider progressivement leurs apprentissages et de mobiliser leurs compétences dans des contextes signifiants.

La gestion du temps dans une période

La période est structurée en trois blocs distincts d’environ 25 minutes chacun. Les deux premiers blocs sont consacrés à des contenus différents, abordés de manière volontairement séparée. L’intention n’est pas de créer systématiquement des liens entre les notions. L’idée est davantage de permettre aux élèves de retravailler les concepts et processus à différents moments dans l’année en suivant le principe d’espacement des apprentissages. Durant ces deux premiers blocs, l’enseignant adopte une posture de guide: il circule, observe les démarches des élèves, recueille des traces d’apprentissage et ajuste ses interventions en fonction des besoins observés. Cette posture favorise une régulation continue des apprentissages et permet d’offrir un soutien ciblé et différencié. Le départ de chaque bloc est parfois magistral afin de modéliser explicitement les concepts, principalement lorsque le concept ne peut être découvert. 

Le troisième bloc est consacré à un travail en sous-groupes. Il offre aux élèves la possibilité de choisir les notions qu’ils souhaitent retravailler. Cette partie favorise l’engagement et vise à renforcer leur sentiment de compétence tout en contribuant au développement de leur autonomie. D’ailleurs, l’élève développe progressivement sa capacité à s’autoréguler, à planifier ses apprentissages et à faire des choix stratégiques en fonction de ses besoins. L’enseignant, de son côté, peut profiter de ce temps pour rencontrer certains élèves ou sous-groupes afin de revenir sur des notions plus complexes, répondre aux questions ou offrir un soutien adapté.

Au début de l’année, il est essentiel de clarifier les attentes liées au troisième bloc. Les élèves doivent bien saisir qu’il s’agit d’un moment privilégié pour travailler leurs défis. Il est pertinent de leur rappeler qu’ils disposent d’un choix quant à la tâche à entreprendre et qu’ils sont responsables de saisir cette occasion pour faire progresser leurs apprentissages.

Retombées observées chez les élèves après un premier tour de roue

Après une première année à vivre cette planification spiralaire et espacée, plusieurs retombées positives ont été observées chez les élèves :

  • Une augmentation du sentiment de compétence, qui se traduit par une plus grande confiance face aux tâches proposées ;
  • Une implication accrue dans les activités, les élèves s’engageant davantage dans leur démarche d’apprentissage ;
  • Une meilleure capacité d’analyse de leur savoir-faire, leur permettant de reconnaître leurs défis et d’identifier leurs forces ;
  • Un positionnement plus actif dans leur réussite, les élèves devenant progressivement les acteurs principaux de leurs apprentissages ;
  • Le développement d’apprentissages plus durables, observable notamment par une amélioration de la rétention des connaissances dans le temps.

De plus, la préparation à la fin d’année a été facilitée par la solidité des apprentissages construits progressivement, réduisant ainsi le besoin de révision intensive et favorisant une mobilisation plus efficace des acquis.

Conclusion

La mise en place d’une planification spiralaire intégrant le principe d’espacement constitue une avenue prometteuse pour favoriser des apprentissages durables chez les élèves. En s’appuyant sur les apports de la neuroéducation, cette approche permet de repenser l’organisation des contenus afin de mieux soutenir la consolidation des connaissances et le développement des compétences.

L’expérience de ce premier tour de roue met en lumière l’importance de proposer aux élèves des occasions répétées, variées et espacées de mobiliser leurs acquis. Elle souligne également le rôle clé de l’enseignant, qui, en adoptant une posture de guide, crée les conditions nécessaires pour que les élèves deviennent progressivement actifs, engagés et capables de s’autoréguler.

Bien que cette démarche nécessite une réflexion en amont et des ajustements en cours de route, les retombées observées encouragent à poursuivre dans cette direction. La planification spiralaire, loin d’être une simple organisation des contenus, s’inscrit comme un levier puissant pour soutenir le développement de compétences durables et préparer les élèves à mobiliser leurs apprentissages de manière autonome et efficace, tant en fin de parcours que dans des contextes futurs.

Bibliographie :

  • Bjork, R. A. et Bjork, E. L. (2020). Desirable difficulties in theory and practice. Journal of Applied Research in Memory and Cognition. [https://www.waddesdonschool.com/wp-content/uploads/2021/02/Desriable-Difficulties-in-theory-and-practice-Bjork-Bjork-2020.pdf]
  • Carpenter, S. K., Cepeda, N. J., Rohrer, D., Kang, S. H. K. et Pashler, H. (2012). Using spacing to enhance diverse forms of learning: Review of recent research and implications for instruction. Educational Psychology Review.
  • Centre de transfert pour la réussite éducative du Québec (CTREQ). (s. d.). Pratiques efficaces fondées sur la recherche : récupération en mémoire, espacement, rétroaction. [https://www.ctreq.qc.ca/]
  • Escudier, F. (2025). L’enseignement en spirale et entrelacé – primaire. Institut TA. [https://www.institutta.com/s-informer/lenseignement-en-spirale-et-entrelace-primaire-]
  • Hattie, J. et Timperley, H. (2007). The power of feedback. Review of Educational Research.
  • Masson, S. (2016). Aider les élèves à transformer leur cerveau en espaçant les périodes d’apprentissage. Montréal : Laboratoire de recherche en neuroéducation, Université du Québec à Montréal.
  • Masson, S. (2017). Activer ses neurones : pour mieux apprendre et enseigner. Montréal : Éditions Odile Jacob.
  • McMullin, S. et Masson, S. (2023). La récupération en mémoire et l’espacement : deux stratégies pour favoriser l’apprentissage et la neuroplasticité. Revue suisse de pédagogie spécialisée, [https://doi.org/10.57161/r2023-04-04]
  • Ministère de l’Éducation du Québec. (2001). Programme de formation de l’école québécoise. Québec : Gouvernement du Québec.
  • Ministère de l’Éducation du Québec. (2011). Progression des apprentissages au secondaire – Mathématique. Québec : Gouvernement du Québec.
  • Ministère de l’Éducation du Québec. (2019). Référentiel d’intervention en mathématique – Enseignement primaire et secondaire. Québec : Gouvernement du Québec.
  • Ministère de l’Éducation du Québec. (2020). Programme de formation de l’école québécoise – Mathématique, secondaire. Québec : Gouvernement du Québec.
  • Rohrer, D. et Taylor, K. (2007). The shuffling of mathematics problems improves learning. Instructional Science.

Certaines reformulations linguistiques et propositions de structuration ont été réalisées avec l’aide de l’outil d’intelligence artificielle M365 Copilot (Microsoft), puis révisées, validées et adaptées par l’auteure.
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