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De la ressource web au mini-site pédagogique autonome :

les défis trigonométriques dans Scratch

Picture of Pascal Lapalme

Pascal Lapalme

Collège Sainte-Anne de Lachine
Vice-président du GRMS

Scratch Cat

Il y a quelque temps, j’ai créé une série de défis pour aider mes élèves à apprendre la trigonométrie autrement. L’idée était simple, mais efficace : plutôt que de résoudre des problèmes sur papier, les élèves les programment dans Scratch. Si le triangle se dessine correctement à l’écran, c’est que le calcul est juste. Pas de triche possible.

Cette ressource existait sur mon blogue et elle fonctionnait. Mais quand j’ai décidé de fermer mon site, j’ai dû choisir : laisser disparaître ce travail ou le transformer en quelque chose de plus robuste et de plus riche.

J’ai choisi de le transformer. Et pour la première fois, j’ai fait ce chantier avec l’aide d’un assistant IA — Claude, développé par Anthropic.

La ressource originale : une bonne idée, une mise en forme limitée

La série proposait 14 défis progressifs couvrant les rapports trigonométriques, la loi des sinus et la loi des cosinus. Chaque défi pointait vers un projet Scratch préconfiguré. L’élève recevait un triangle avec des mesures manquantes et devait écrire le programme qui le trace correctement.

L’approche pédagogique était solide : l’élève ne peut pas contourner la réflexion mathématique, parce que Scratch exige des valeurs précises pour fonctionner. La programmation devient la démarche.

Mais la mise en forme restait celle d’un blogue — des pages de lecture, sans interaction, sans rétroaction immédiate. L’élève consultait la ressource ; il ne l’habitait pas.

La bonification : un mini-site autonome

La refonte a donné naissance à un mini-site HTML entièrement autonome : 15 fichiers qui fonctionnent ensemble sans serveur, sans base de données, sans abonnement. On peut le mettre en ligne gratuitement, le partager directement ou l’intégrer dans un environnement scolaire existant.

Voici les principales améliorations apportées.

Une interface cohérente et soignée

Chaque défi dispose maintenant de sa propre page avec une navigation claire (fil d’Ariane, boutons précédent/suivant), une section de contraintes en accordéon, et une identité visuelle uniforme : cartes avec ombres, palette de couleurs cohérente avec les niveaux scolaires (CST4, CST5, SN4).

Interface du mini-site des défis trigonométriques

Des questionnaires interactifs avant chaque défi

C’est l’ajout qui change le plus l’expérience. Avant d’accéder au projet Scratch, l’élève doit répondre à trois questions à choix multiples portant sur les concepts du défi. Le lien vers Scratch se débloque à partir de deux bonnes réponses sur trois.

Les questions sont mélangées aléatoirement à chaque tentative. Une rétroaction immédiate explique chaque bonne ou mauvaise réponse.

L’élève peut recommencer autant de fois que nécessaire — l’objectif n’est pas de bloquer, mais d’activer les connaissances avant de programmer.

Résultat du questionnaire interactif
Exemple de rétroaction immédiate

Un suivi de progression local

Ligne de progression des défis

La progression est sauvegardée automatiquement dans le navigateur de l’élève — sans compte, sans connexion, sans rien à configurer. À chaque fois que l’élève complète un questionnaire avec \(\frac{2}{3}\) ou mieux, le résultat est conservé.

Sur la page d’accueil, une barre de 14 segments colorés résume visuellement l’état de chaque défi. La couleur du segment dépend du score obtenu : bleu pour \(\frac{3}{3}\), vert pour \(\frac{2}{3}\), jaune pour \(\frac{1}{3}\), rouge pour \(\frac{0}{3}\). Un compteur total affiche les points accumulés sur 42. Les cartes des défis complétés affichent un crochet dont la couleur correspond au score.

Lors de la première visite, le prénom de l’élève est enregistré et affiché en accueil personnalisé à chaque retour.

Le rôle de l’IA dans ce projet

Ce chantier a été réalisé en collaboration avec Claude. Je veux être précis sur ce que cela signifie concrètement — ni naïvement enthousiaste, ni faussement modeste.

Ce que l’IA a fait :

  • Générer et modifier le code HTML, CSS et JavaScript selon mes spécifications.
  • Rédiger les questions des questionnaires (que j’ai ensuite validées et ajustées).
  • Appliquer des modifications répétitives sur 14 fichiers d’un seul coup.
  • Déboguer des comportements inattendus.
  • Proposer des solutions que je n’aurais pas trouvées seul en un temps raisonnable.

Ce que j’ai fait :

  • Définir chaque décision pédagogique et visuelle.
  • Valider ou rejeter chaque proposition.
  • Corriger les erreurs de contenu (formules, niveaux, contexte québécois).
  • Tester chaque fonctionnalité dans un vrai navigateur.
  • Orienter le projet à chaque étape.

Le processus ressemblait moins à « demander à l’IA de créer quelque chose » qu’à travailler avec un développeur très rapide, qui ne prend pas d’initiative pédagogique de lui-même. Chaque décision qui compte — la structure des questionnaires, la logique de déblocage, le choix des questions, les couleurs, la typographie — venait de moi. L’IA m’a libéré du temps de frappe et de débogage pour que je puisse me concentrer sur ce qui compte : le contenu et la pédagogie.

Il y a eu des erreurs en chemin — des bogues de JavaScript, des échappements de caractères qui ont nécessité plusieurs itérations, des fonctionnalités à reprendre. Travailler avec l’IA demande de la patience, de la précision dans les demandes et une bonne capacité à tester ce qu’on reçoit.

Ce que ça change pour l’enseignant

Cette expérience m’a convaincu que l’IA peut être un outil sérieux pour la création de ressources éducatives numériques — à condition de rester le pilote du projet.

Ce qui aurait pris des semaines de travail solo (apprendre JavaScript, déboguer du localStorage, implémenter MathJax) s’est fait en quelques sessions de travail intense. Sans IA, cette ressource serait probablement restée sur mon blogue sous sa forme originale, ou aurait disparu.

Avec l’IA, elle est devenue un mini-site pédagogique complet, autonome, et — je l’espère — plus utile pour les élèves.

Et maintenant ?

La ressource est disponible librement en téléchargement. Elle peut être hébergée, partagée, modifiée. Les enseignants de CST4, CST5 et SN4 qui veulent l’utiliser en classe, en devoir différencié ou en enrichissement peuvent la télécharger ici.

Le code est propre, documenté par sa structure, et prêt à être adapté. Si d’autres enseignants veulent s’en inspirer pour créer des ressources similaires dans d’autres domaines — avec ou sans IA — je suis partant pour en jaser.

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